5 new dreams in Citizen Jazz

Elu Citizen Jazz

Pour son nouvel opus, 5 New Dreams, l’intarissable conteur de rêves sonores Bruno Tocannes’est associé au saxophoniste canadien Quinsin Nachoff. Les deux musiciens sont accompagnés par des membres du collectif imuZZic que connaissent bien les lecteurs de Citizen Jazz : Frédéric RoudetLionel Martin et Rémi Gaudillat.

Sorti chez Cristal Records et distribué par Abeille Musique5 New Dreams complète la série des « Dreams » du batteur avec le « Trio Résistance » (Benoît Keller – Martin – Tocanne) et « New Dreams nOw ! » (Gaudillat – Martin – Tocanne). Fort de quatre soufflants (deux saxophones et deux trompettes, pour simplifier) et d’un batteur, la configuration de ce quintet s’éloigne du format habituel des combos de jazz depuis le be-bop. Sa structure se rapproche davantage des « bands » de La Nouvelle-Orléans. Mais la comparaison s’arrête là car la pâte sonore de 5 New Dreams est fermement ancrée dans la modernité.

Nachoff et Gaudillat signent quatre compositions chacun, tandis que Martin en apporte deux. Les thèmes de Nachoff sont tracés au cordeau : « Goodbye Lullaby » et « Cascade », qui pourraient être des pièces de « musique contemporaine », ou « Monarch And The Viceroy », dont l’architecture complexe brouille les limites entre écrit et improvisé. Les morceaux de Gaudillat penchent davantage du côté de la fanfare (« Soulèvement »), avec une simplicité profonde (« Jouer sans entraves » et « Martin Luther King ») qui n’est pas sans rappeler l’excellent Docteur Lester. Quant à Martin, le monde est son terreau : si le grouillement sonore de « Clin d’œil » évoque de loin un marché africain, « So Sweet But So Strange » nous rapproche plutôt de l’Himalaya (au moins le départ).

Les cinq musiciens ont beau être rêveurs, ils ne sont pas doux pour autant ! Avec un tel équipage de soufflants, il vaut mieux que le skipper-batteur veille au cap sans faiblir. Heureusement que Tocanne est en grande forme : de la luxuriance rythmique (« Monarch And The Viceroy ») au swing soutenu (« QL »), le percussionniste assure une cohésion décisive (« Cascade »). Devant et derrière, les saxophones, clarinette, trompettes, cornets et autres euphonium (genre de tuba) ne sont pas en reste : chœurs, contrepoints, unissons, riffs, duos, discours croisés… malaxent les mélodies, les rythmes et les harmonies. Les échafaudages sont complexes, mais tiennent parfaitement en équilibre.

La pochette reproduit un tableau admirable de Karol Nachoff à base de collages à l’aquarelle rehaussée d’encre de Chine dans des tons à la fois tendres et intenses. C’est finalement une description assez fidèle de la musique de 5 New Dreams : des idées abstraites servies par une technique mixte colorée, pleine de reliefs et de contrastes…

Diane Gastelu