ACTION JAZZ

 Une traversée onirique vers de lointaines étoiles...  A dreamlike crossing towards distant stars ...

 "Autour de Robert Wyatt ? Non, à partir ! Comment se débarrasser d’un air qui trotte dans les oreilles de la tête ? En allant plus loin. Un air qui serait « Sea Song » (...) dans « Rock Bottom » , un truc qui se trimbale dans les mémoires depuis une bonne quarantaine  d’années, les 70’s, époque école de Canterburry, on dépasse le Rock (est rajouté le qualificatif « progressif » pour ne pas confondre), sublime les Folk’s, , mêle une louche de culture classique, se méfie du Jazz… sauf le Soft Machine (et d’autres  ), dont le phénomène qui nous intéresse ce soir : le musicien poète, qui induit le propos de ce projet, créateur ce cet air qui ne sera joué qu’à la fin du concert . Les autres titres du set sont  des compositions du batteur, Bruno Tocanne, (…) à l’origine de cette fantaisie (pas si rigolote), ainsi que des autres participants, qui ont l’air de prendre un malin plaisir à nous embarquer dans des eaux inconnues qui nous troublent d’incertitudes et dont la consistance est le reflet du Tout ! De tout ceux qui jouent et ceux qui écoutent, se jouent, et s’écoutent.L’air commence doucement à se remplir de notes, lâchées par le  piano de Sophia Domancich, hachées de touches nuancées de mailloches, des notes qui flottent, se frôlent, s’évitent et se rejoignent, ailleurs, pas là où elles sont attendues. D’ailleurs : ni entendues. Elles viennent d’ici, d’un esprit, une pensée, un « songe de la mer », amères, la brume n’est pas faite en « Barbe à Papa », là : c’est de l’épais, et fluide aussi, mais consistant. Et puis, bon, les deux, là, se fréquentent depuis ’93, savent se parler, se dire des notes, justes. L’esquif esquive les récifs, en récolte des pans de brume-bitume blanc, sali d’obscurité qui ne consent à s’écarter que de mauvais gré. Et le navire se gréé. Voici deux matelots qui se dévoilent. viennent apporter du gréement, justement. Et vogue… Et s’immiscent donc deux barbouzus : le bon vieux compagnon Rémi Gaudillat aux trompette et bugle , comme les 2 premiers, il ne fera pas de démonstration, peu de notes… mais les bonnes ! Il offre à l’équipage, un son large et sûr, ou absent s’il lui prend, qui lui donne du corps. ‘L’est pas là pour ramer, mais arranger les voiles pour qu’elles ne manquent pas ‘ d’air’, qu’elles en ramassent les courants avec les risées à triste mine. Mais souffle si bien que se déchirent les voiles de nuées et transparaissent, mais à peine, quelques halos de lueur palote mais  rassurante, tant que ne viennent pas s’accrocher les drôles de sons, pas si drôles, sortis pas bien droit de l’ordinateur et de la voix de Antoine Läng interprétant, interpénétrant des textes prêtés par John Greaves, Marcel Kanche, ou qu’il s’est fabriqué lui-même. Il nous imagine des sons en clair-obscur qui courtisent ceux des autres instruments pour s’en emparer, et les  traiter de ce que les circuits leur laisse de cui-cuits. Figure de proue, qui entonne et étonne , comme une corne qui écorche mais sait se dire, et passe, comme un vent froid dans le dos du silence, qui menace à chaque instant qu’une note  tarde à éclore avant que de ne faner. Silence de la mer étale fendue de la barre barbare du navire. On approche du terme du voyage. Quelques repères apparaissent avec un hommage de la pianiste dédié à Carla Bley, puis, last but least, le titre éponyme du projet : « sea song ». Retour à la case départ. Nous avons fait une boucle. Reste le souvenir d’une traversée onirique sur des nappes de sons reflétant de lointaines étoiles presque disparues. Parti pris, et gardé, de ne rien affirmer, rien dé-montrer, re-conter l’histoire avec le minimum de notes. pas de tentative de virtuosité qui remplit si facilement l’espace, resté ce soir plein de trous à travers lesquels se discernent  d’autres mondes. Musique minimaliste, dur challenge que de refuser d’en faire ‘trop’, en risquant le ‘trop peu’, mais non, contrat assumé : on ne s’est pas ennuyé. Rappel : les voiles ténébreuses sont pliées, le bateau arrimé, on se réconforte près d’un feu de joie d’où,  les notes folles fusent, s’enchevêtrent, montent  dans le ciel maintenant dégagé, jusqu’à l’âme même de la Musique. Moment ‘pur-Free’, comme ‘ils’ savent si bien le jouer, comme on aime tant les entendre. Nous voici rassurés de se retrouver sur la terre ferme, fut-elle encore mouvante comme de la lave, mais celle-ci on la connaît, et on l’aime. Elle nous  fait aimer tout le reste . Du tout possible, reste la qualité. » Alain FLECHE