Le Chant des Possibles CITIZEN JAZZ

Le chant des possibles est un objet de séduction, sur la forme comme sur le fond : d'abord le titre, qui dit l'essentiel en quatre mots, l'amour de la mélodie et le pari d'une liberté comme une porte ouverte sur un imaginaire poétique ; puis les titres des compositions, évocateurs de leurs climats nomades : « Jeux d'ombres», «Envolées»« L'armée des poètes», «Le voyage» ou bien encore«Lune triste». Et enfin un visuel dont l'élégance liquide et suggestive semble nous indiquer le chemin clair-obscur sur lequel nous emménera la musique. Un soin discret est apportéà  l'objet-disque, qui devient au fil du temps la patte du label IMR.

Rémi Gaudillat est un trompettiste dont le jeu chante et délivre une vibration profonde et humaine ; il le démontre depuis longtemps, notamment par ses collaborations répétées avec Bruno Tocanne au sein du réseau imuZZic. Parmi leurs travaux communs, retenons In A Suggestive Way oLibre(s)Ensemble, éclatantes démonstrations de leur créativité libertaire, sans oublier la belle série des Dreams  du batteur, ni l'i.Overdrive Trio aux intonations plus rock, tout comme peut l'être par ailleurs le roboratif Docteur Lester, fanfare bouillonnante et clin d'oeil à Lester Bowie dont le récent No Way ! est un petit bijou de fantaisie délurée. Ajoutons à cela Call It Anything, premier album du trompettiste en leader, dont la parution remonte à 2009.

Avec Le chant des possibles, nouvelle production enfantée par la compagnie Les Improfreesateurs, on entre de plain-pied dans un univers à  l'esthétique singulière, celle d'un quatuor composé uniquement d'instruments à  vent dont les textures font l'objet d'un brassage amoureux (trompette, bugle, trombone, clarinette basse et tuba). Sa musique capte l'attention par l'imbrication fluide de mélodies qui sonnent comme de véritables chants -on comprend encore mieux le titre du disque - et d'espaces plus secrets, plus nerveux, où s'épanouissent des échanges dessinés par quatre experts en évasion musicale. Ceux-là  savent aussi demander à  leurs instruments de dépasser leur rôle de respirateurs naturels, ils leur donnent le muscle de la pulsation et sont toujours prêts à les laisser jaillir pour aller voir si l'herbe de la conversation est plus verte ailleurs. Et même si les cartes sont redistribuées à nchaque composition, car il n'y a jamais de rôle prédéfini, on note qu'aux accents terriens de la clarinette basse, du tuba et du trombone répondent bien souvent les élans aériens des trompettes ou du bugle. Une musique entre ciel et terre.