REVUE & CORRIGEE

Dans l’esprit de Rock Bottom, sans jamais le plagier... La poursuite de l'histoire sans dévotion ni nostalgie
In the spirit of the Wyatt's Rock Bottom... The pursuit of the story without devotion or nostalgia
"Après avoir rodé dans les parages de l’Escalator Over The Hill des Carla Bley et Paul Haines, c’est au tour du Rock Bottom de Robert Wyatt d’être pris pour cible par Bruno Tocanne. À l’inverse de l’hommage à Dame Bley qui présentait une sélection de titres extraits de sa sui
te bigarrée, Sea Song(e)s ne s’arrête que sur la chanson qui ouvre Rock Bottom. Avant de l’atteindre (car en plus, elle clôt la marche), le parolier Marcel Kanche – se souvenir du trio qu’il formait avec Phil Gaz et Bruno Tollard : Un Département ! – cisèle trois textes, la plume de John Greaves redépose son « Back Where We Began » qui s’épanouissait déjà dans son recueil Songs en 1994. Tout autour des instrumentaux et orchestrations typiquement wyatiennes (batterie, percussions, claviers, trompette) créent une trame homogène dans l’esprit de Rock Bottom, sans jamais le plagier, ni quasiment le citer. Qu’elles passent de main en main, les compositions partagent une cohérence certaine que rompt l’écharde « I Dance Naked » plantée sans ménagement par Antoine Läng. Compagnon de route habituel de Bruno Tocanne – tout comme Rémi Gaudillat aux trompette et bugle –, Läng mixe également clavier et effets, tandis que les pianos sont servis par Sophia Domancich (les amateurs apprécieront le grain de saturation d’un Fender Rhodes d’anthologie), le directeur artistique de ses sessions se chargeant, quant à lui, de produire une large gamme de frémissements percussifs pondérés. À la fois coup de chapeau à un album majeur de Robert Wyatt et introspections plus intimes, les neuf titres qui constituent Sea Song(e)s ne prêchent aucun message de dévotion nostalgique. Ils poursuivent l’histoire" Paul-Yves BOURAND 11/2017