Souillac en Jazz

Une musique belle comme un rêve de métal

La première impression lorsqu’on écoute A voir de près de l’Impérial quartet, c’est d’avoir face à soi une fulgurante mécanique. Peut-être parce que les quatre instrumentistes impulsent avec puissance chacun des onze morceaux qui constituent ce premier album? Les sons graves de la basse électrique, les rifs délibérément suppliciés, les accélérations soudaines, le groove impeccablement torturé, chamboulé, tout cela y contribue. Mais c’est une esthétique froide comme l’acier qui caractérise d’abord ce disque. Les torsions et les distorsions, les notes réverbérées en autant de sons tubulaires nous glacent délicieusement, à l’instar de la "La Ballade du Pantin". On imaginerait volontiers cette élégante marionnette se déplacer dans un univers apocalyptique. A moins que ce ne soit une libre interprétation du chant des baleines? Peu importe car il s’agit d’impressions. Et, sans hésitation, l’émotion produite est forte, prenante, irrésistible. Cette esthétique traverse intégralement ce très beau disque. Ainsi en est-il, dans "Morgon", de la plainte du saxophone ou des notes de la basse qui rebondissent contre un métal imaginaire. Ces deux morceaux nous installent dans une mélancolie froide et douloureuse. En revanche, quand le quartet se met en branle, c’est une folle machinerie qui hurle et s’ébroue devant nous. "Remake", mais il y en aurait d’autres à citer, en est révélateur. Dans un crescendo rondement mené, l’empreinte tranquille de la douleur fait peu à peu place à une force dure, enragée, vitale. D’un bout à l’autre de ce disque délicieux, tout va vers une poésie de l’accident, de la douleur, de la violence froide, de furieux sanglots. Et puis, ce manifeste du son et de ses possibles nous invite dans un univers psychédélique en mouvement, dans un incessant et éblouissant aller-retour entre le son distordu et la mélodie. Indéniablement, on en ressort transformé.